Le deuil animalier est une épreuve réelle
Le deuil animalier est une épreuve réelle et profonde. En effet, on n’est jamais vraiment prêt. Même quand on sait que le moment approche. Même quand la maladie est là depuis des mois. Et même quand on se répète qu’on a fait tout ce qu’on pouvait. Ainsi, la perspective de perdre un compagnon qui a partagé ton quotidien pendant des années te touche dans un endroit profond et difficile à expliquer.
Et pourtant, trop souvent, ce deuil se vit dans la honte ou le silence. En effet, certaines personnes ne comprennent pas. On entend encore des « c’était juste un chien » ou « tu vas t’en remettre ». Mais les chiffres racontent une autre réalité. En 2026, des chercheurs de l’Université de Maynooth, en Irlande, ont mené une étude clinique sur le sujet. Chez les personnes ayant perdu à la fois un animal et un proche humain, plus d’une sur cinq considère la perte de l’animal comme la plus difficile à vivre (Hyland et al., 2026, PLOS One). Ce n’est donc pas une exagération. Bref, c’est la réalité de ce que vivent des millions de personnes.
Un lien qui mérite d’être reconnu
Ton animal était là le matin, le soir, dans les routines les plus banales comme dans les moments les plus difficiles. Il t’accueillait sans poser de questions, sans conditions, sans te juger.
Aux États-Unis, une enquête Packaged Facts a révélé, en janvier 2024, que 93 % des propriétaires considèrent leur animal comme un membre de la famille à part entière. En France, Ipsos a mené un sondage pour Royal Canin en 2023 auprès de plus de 1000 personnes. Ainsi, le résultat va dans le même sens: 68 % d’entre elles considèrent leur animal comme un membre à part entière de la famille.
Ce lien-là est réel. Et quand il se brise, la douleur qui s’ensuit est tout aussi réelle.
Quand le deuil animalier commence avant la perte
Il y a un moment souvent silencieux où quelque chose change. Un diagnostic. Un regard différent. Une fatigue qui ne passe plus. C’est là que commence ce qu’on appelle le deuil anticipé, même si on ne met pas toujours de mots là-dessus.
On continue de s’en occuper, de l’aimer, de le soigner. Mais en parallèle, on pleure déjà ce qui s’en vient. De plus, on redoute les décisions à prendre. Aussi, on se demande si on fait assez, si on fait trop. Ce mélange d’amour, de tristesse, d’espoir et de peur peut être épuisant à porter.
Et pourtant, ce deuil avant l’heure n’est pas une faiblesse. En fait, c’est une réaction profondément humaine, le reflet direct de l’importance du lien.

La question la plus difficile: sa qualité de vie
Presque tous les propriétaires finissent par se poser la même question: comment vais-je savoir quand ce sera le bon moment? Il n’y a pas de réponse parfaite. Mais observer la qualité de vie de son animal aide à sortir un peu du tourbillon émotionnel. Voici quelques repères concrets:
Est-ce qu’il mange encore avec plaisir? Se déplace-t-il sans trop de difficulté? Cherche-t-il le contact, montre-t-il de l’intérêt pour ce qui l’entourait avant? Est-il confortable lorsqu’il dort?
On parle beaucoup de douleur, mais la souffrance va au-delà du physique. Un animal peut avoir mal et rester présent. À l’inverse, il peut ne pas sembler souffrir physiquement, mais ne plus vraiment être là. Ainsi, apprendre à observer ces nuances demande du temps et beaucoup de douceur envers soi-même.
Certaines personnes trouvent utile de noter les bons et les mauvais jours. D’autres dressent plutôt une liste des petites joies qui rendaient leur animal heureux. Quand ces joies disparaissent les unes après les autres, ça devient parfois plus clair.
Les décisions qu’on redoute
Penser à l’euthanasie ou à la mort naturelle est souvent angoissant. On a peur de se tromper. Peur de regretter. Peur de porter une décision trop lourde.
Prendre le temps d’en parler avec son vétérinaire, avec un proche, ou même seul, peut faire une vraie différence. Comprendre ce que chaque option implique concrètement aide aussi à apaiser l’imaginaire, souvent bien plus cruel que la réalité.
Certaines personnes trouvent du réconfort à planifier comment elles aimeraient que les derniers moments se passent: où, avec qui, dans quelle ambiance. D’autres préfèrent garder une certaine ouverture. Il n’y a donc pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. L’important, c’est que la décision fasse sens pour toi et pour ton animal.
Et si tu portes de la culpabilité après coup, sache que c’est presque universel. Ce n’est pas le signe que tu as mal agi. Au contraire, c’est le signe que tu aimais.

Après le départ: faire une place à l’absence
Quand l’animal n’est plus là, le silence peut être assourdissant. Les habitudes restent, mais le compagnon manque. Et souvent, l’entourage ne comprend pas toujours l’ampleur du chagrin.
Prendre le temps de marquer la perte peut aider à traverser cette période. Par exemple, ça peut être très simple: garder un objet qui lui appartenait, créer un petit rituel, écrire quelques lignes, planter quelque chose en sa mémoire. Ces gestes ne sont pas inutiles ou exagérés. Ils reconnaissent plutôt que cette relation comptait. De plus en plus de recherches s’intéressent d’ailleurs à ce besoin de commémoration après la perte d’un animal.
Si tu as besoin d’un accompagnement professionnel, sache qu’il existe des psychologues et des thérapeutes spécialisés en deuil animalier. Au Québec, l’AMVQ propose également des ressources dédiées aux propriétaires qui traversent cette épreuve. Ce sujet touche aussi les techniciennes et les vétérinaires elles-mêmes, comme on l’aborde dans notre article sur le perfectionnisme et le stress moral en médecine vétérinaire.
Ton deuil animalier est légitime
Ce n’est pas dramatiser. Ce n’est pas exagérer. C’est simplement reconnaître que tu as aimé quelqu’un de façon sincère et que tu as le droit d’en ressentir la perte.
Se préparer à perdre son animal, ce n’est pas renoncer trop tôt. C’est aimer jusqu’au bout. C’est accepter que le lien était assez fort pour faire mal, et que cette douleur reflète tout ce que vous avez partagé.
Il n’y a pas de parcours parfait dans le deuil animalier. Seulement des choix faits avec amour, dans un contexte imparfait. Et souvent, c’est déjà beaucoup.

Roxanne Mimeault
Technicienne en santé animale
Fondatrice de Vetlab Studio, ressources pédagogiques pour les étudiantes et étudiants en santé animale du Québec et de l'Europe francophone. En savoir plus.
